Par
Eric Palante ,
jeudi 21 janvier 2010 à
16:34
Bonjour à tous,
je suis rentré hier après-midi, plus léger de 3 kgs,2 tailles de pantalon en moins et une masse corporelle inversée (dixit ma balance) en ce qui concerne la masse graisseuse et la masse musculaire! J'ai toujours une jambe comme un poteau avec des couleurs qui vont du bleu au gris (les copains français disaient de moi "le rhinocéros bleu" avec la couleur des multiples hématomes).
Autant dire que ce Dakar a été particulièrement relevé au niveau des difficultés et des longueurs des étapes! Le niveau des pilotes en général m'a semblé évoluer vers le haut avec l'apparition de "jeunes" sortis du cross ou de l'enduro qui ont des crocs qui trainent par terre. l'évolution vers le tout 450cc semble positif également; d'après les potes qui sont passé de la 690cc à la 450cc, c'est pas le même sport : un coups de gaz avec la grosse et la situation catastrophique est rétablie tandis qu'avec les 450, il faut se battre!
Terrains toujours plus difficiles qu'en afrique, avec ce p..... de fesh fesh local, avec cette chaleur plombante pour pilotes et moteurs et , je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite (je me trouvais en méforme physique anormale), avec l'altitude! au-dessus de 2000m, ou on évoluait souvent, les efforts pour relever une moto sont multiplié par 2!
Les 2 premières étapes ont été faciles, la 3eme a révélé ce qu'était le dakar et la suite a été du même acabit! Une diversité de terrains et de paysage exceptionnels, vraiment à couper le souffle, des journées longues et techniquement difficiles (je prenais les difficultés step by step sans trop penser à l'ensemble de la journée), de l'avis de tous ça a été un très beau dakar, sans annulation d'étape (plus arrivé depuis 2003), bien rigoureux a tout point de vue.ASO a bien profité de l'expérience de l'année passée et la lourde machine a fait le reste : tout simplement parfait!
En ce qui concerne Mamba, rien à signaler; pas de changement de moteur ou de piston et à part les vidanges boite et moteur, 3 changements de filtre à huile et le changement du filtre à air journalier,RAS! Ce moteur, c'est du béton il a 40.000kms dont 36.000 en course et il démarre comme au premier jour! Merci W-motors pour cette prépa parfaite, on a même pas ouvert une fois la cuve du carbu! Un autre montage qui a eu de l'importance, ce sont les phares à décharge (Xénon) de chez Tecnoglobe; j'en ai eu besoin à l'arrivée d'une spéciale en nocturne et les 3 copains qui me suivaient aveuglément (au sens propre et figuré avec leur h4 classique) ont été extrèmement heureux de compter sur un éclairage digne de ce nom dans les derniers km de dunes.
Pour en revenir à mes difficultés majeures sur ce dakar, je distingue plusieurs étapes : la première, le 3ème jour ou je me plante bêtement dans le fesh-fesh vers le km 15 et je repars bon dernier 20 minutes après Ennio; j'ai plié toute ma naviguation et cassé l'attache de mon silencieux, journée très dure par rapport au nombre de kms...La seconde ou je recasse l'attache de mon silencieux (sans chute, les vibrations et les chocs je suppose) et je perd un temps bête a essayer de l'attacher avec de la ficelle et/ou du fil de fer trouvé près des spectateurs; je finirai par le démonter et le mettre dans mon sac à dos! La troisième, c'est à 2 kms de la sortie du bivouac, je me fais renverser par un autobus (pas un minibus!) qui me roule sur la jambe (on pouvait voir la marque du pneu, les chirurgiens pensent que j'ai évité la bouillabaisse de jambe grâce à ma botte, à mon orthèse CTI2 et à la soudure en X du tibia-peronné,conséquence d'une vieille fracture).Je me suis relevé après une perte de connaissance due probablement à la douleur (le cerveau déconnecte, fait un "reset"), avec le réservoir avant gauche déchiré, mon casque Lazer carbone déchiré sur les cotés également et des contusions partout.Je n'ai pas osé regarder ma jambe puisque je marchais sans signe de fracture.Après avoir expédié les formalités avec la police et refusé l'ambulance,J'ai pris le départ de la spéciale après avoir roulé à 150 km/h dans les derniers, avec 3/4 heure de retard sur mon heure de départ normale.Heureusement qu'il y avait un ravitaillement carburant au départ de la spéciale et heureusement que les commissaires de course n'ont pas vu les déchirures latérales de mon casque (c'était mise hors course!) et j'ai pas mal roulé, grâce à l'adrénaline.La 4ème étape dangereuse , c'était le lendemain de ce crash avec le bus; je n'ai pas dormi de la nuit, la faute aux anti-douleurs et anti-inflammatoires pris à dose de cheval (de rhinocéros!) qui m'ont pour la 1ère fois de ma vie brulé complètement l'estomac! le lendemain, difficulté à mettre mon pied dans la botte (heureusement ce sont des TCX avec chaussons internes)j'y suis arrivé en virant le chausson à gauche tellement la jambe, la cheville et le pied étaient gonflé, mais après grosse galère toute la journée car je devais m'arrêter régulièrement pour vomir de la bile et pas moyen de s'alimenter et surtout de s'hydrater convenablement!C'était l'horreur, en plus avec une fièvre et un mal de crane...La cinquième, c'est cette stupide rencontre avec la vache; j'avais décidé de la jouer très calme sur les dernières étapes et malgré ça, une rencontre du 3ème type avec ce stupide bovidé!Chez nous après un choc comme ça, une vache serait tjrs entrain de courir et là, elle est revenue vers moi pour me lecher la figure...Les toubibs expliquent ça par le sel de la transpiration, moi je n'explique rien et si j'avais eu une machette...Toujours est-il que le coude droit était à peine réparé que le coude gauche était déchiré.La protection main gauche chifonnée, le guidon plié et rebelote avec la naviguation déportée vers la droite.Je ne parle pas du 2eme casque cassé!
Le dakar est et reste une épreuve hors norme au niveau des difficultés et de la durée et c'est un bonheur et un privilège que de pouvoir terminer une épreuve aussi dure.On en sort toujours un peu différent, grandi dans sa connaissance de soi-même et ça ne peut que profiter à sa famille et à son entourage!
Je serai malhonnête de terminer cette diatribe sans remercier ma femme, ma famille,tous mes sponsors et mes amis, vous tous qui m'avez soutenu, accompagné pendant ces 15 jours de course. j'ai le sentiment que dans les moments de détresse profonde que j'ai connu, il y avait vos pensées qui m'encourageaient à continuer, aller plus loin, ne pas m'arrêter! Encore une fois, je n'étais pas seul sur Mamba, vous étiez là!!
Demain ,vendredi, je vais faire un tour au salon pour saluer Hans Westra de chez W-motors, Fernand de chez Lazer, Jacques de chez First-Racing....
A bientôt